En mai 2025, la Haute Autorité de santé a publié une recommandation de bonne pratique sur l’entorse du ligament collatéral latéral. Elle bouscule plusieurs réflexes courants : repos prolongé, immobilisation rigide, délai fixe avant la reprise.
A preuve scientifique établie B présomption scientifique C faible niveau de preuve AE accord d’experts
Pourquoi consulter dans les 24 heures
La HAS recommande que toute personne symptomatique après un traumatisme en torsion — douleur, gonflement, limitation de la marche — consulte un médecin généraliste ou un masseur-kinésithérapeute, idéalement dans les 24 heures.
Ce délai a une justification épidémiologique : l’argumentaire de la HAS relève que moins de la moitié des personnes concernées consultent, et que 6,8 % à 11 % seulement sont orientées vers un professionnel de la rééducation dans les 30 jours. Or le risque de récidive dans l’année est environ trois fois et demie plus élevé que dans une population indemne, et près de 40 % des personnes ayant eu une entorse latérale présenteront une instabilité chronique.
Faut-il une ordonnance ? Cela dépend du cadre d’exercice du kinésithérapeute, non de la pathologie. Depuis la loi du 19 mai 2023, l’accès sans prescription existe en structure d’exercice coordonné et, depuis juin 2025, en CPTS dans vingt départements expérimentateurs — les Hauts-de-Seine n’en font pas partie. Ailleurs, une prescription reste nécessaire pour être pris en charge : à vérifier auprès du cabinet avant la première séance.
Comment la gravité est évaluée
L’examen clinique précoce sert d’abord à écarter une fracture. La HAS recommande les critères d’Ottawa chez l’adulte de 18 à 65 ans A, l’enfant de 5 à 17 ans B et après 65 ans C. Si un critère est positif, le diapason 128 Hz et les critères de Berne déterminent si la radiographie est indiquée AE. L’imagerie n’est donc pas systématique.
L’entorse est ensuite classée en trois grades. L’examen de l’intégrité des ligaments latéraux est recommandé A, mais l’appréciation de la laxité se fait une fois l’œdème et la douleur diminués, pas au premier jour.
Immobilisation : plus courte qu’on ne le croit souvent
En phase aiguë, la HAS recommande une attelle souple plutôt qu’une immobilisation rigide, associée à une rééducation B. Les durées sont brèves : l’immobilisation prolongée retarde la récupération fonctionnelle.
La HAS précise aussi que le protocole RICE et la cryothérapie ne sont pas recommandés en monothérapie B : glacer et surélever peut soulager, mais ne remplace pas la rééducation.
Ce que contient la rééducation, et combien de temps elle dure
La recommandation ne fixe ni nombre de séances ni durée standard, et c’est un choix assumé : la prise en charge est personnalisée à partir des évaluations, non calée sur un délai type. Elle s’articule autour de trois axes.
- Mobilité — la mobilisation passive de la cheville est recommandée A, mais pas en monothérapie B : elle doit être associée à des exercices A, dans tous les plans de l’espace.
- Renforcement — muscles fibulaires et stabilisateurs de la cheville.
- Contrôle neuromusculaire — exercices d’équilibration puis de performance lors d’activités fonctionnelles : course, saut, réception B.
À l’inverse, plusieurs techniques passives isolées ne sont pas recommandées ici : en phase aiguë, ultrasons, laser, acupuncture, stimulation électrique neuromusculaire et ondes de choc C ; en phase chronique, les ultrasons A et les autres modalités C. Cela ne préjuge pas de leur intérêt dans d’autres indications.
Reprendre le sport : des critères, pas une date
La HAS recommande des critères objectifs plutôt qu’un délai. Chez l’adulte, elle retient B un score composite validé, l’Ankle-GO, pour statuer sur la reprise sportive. D’autres tests mesurent chaque composante : Modified Star Excursion Balance Test, Weight-Bearing Lunge Test, dynamométrie.
Pour prévenir une récidive d’entorse de grade II ou III, l’attelle souple ou le bandage est recommandé de J5–J7 à J21 AE, puis pendant l’activité physique B.
Ce que les données ne tranchent pas encore
La rééducation par exercices réduit le risque de récidive, mais l’effet est différé et partiel : une revue systématique de 2022 (14 essais, 2 182 participants) retrouve un odds ratio de 0,60 (IC 95 % 0,36–0,99) sur la prévalence des récidives à 12 mois, significatif entre 7 et 12 mois mais pas avant six mois, et sans effet significatif sur leur incidence.
Une revue d’agence ajoute que la supervision s’accompagne de moins de douleur et d’instabilité ressentie à huit semaines, sans différence au-delà, et que les programmes testés restent trop hétérogènes pour conclure fermement. Ce point est débattu.
Quand consulter
Un avis est justifié dans les 24 à 48 heures dès qu’un traumatisme en torsion provoque douleur, gonflement ou gêne à la marche, même modérés.
Certains signes font craindre une fracture ou une lésion associée et appellent un avis médical sans délai : impossibilité de poser le pied ou de faire quatre pas ; douleur exquise à la palpation d’une malléole, de la base du cinquième métatarsien ou du scaphoïde tarsien ; déformation visible ou plaie ouverte ; gonflement très rapide et ecchymose étendue ; fourmillements, perte de sensibilité, pied froid et pâle.
Enfin, une cheville qui « lâche » à répétition, se tord sur terrain plat ou reste douloureuse plusieurs mois mérite un bilan, même si l’épisode initial est ancien : l’instabilité chronique fait l’objet de recommandations propres.
Questions fréquentes
Faut-il une ordonnance pour se faire rééduquer une entorse de cheville ?
Combien de séances de kinésithérapie faut-il après une entorse de cheville ?
Faut-il immobiliser une entorse de cheville ?
Quand peut-on recommencer à courir après une entorse de cheville ?
Une entorse mal soignée peut-elle laisser des séquelles ?
Sources : HAS — Entorse du ligament collatéral latéral de cheville, recommandation, argumentaire scientifique et synthèse (mai 2025) ; Doherty C. et al., PLOS ONE, 2022 ; CADTH — Exercise for the Treatment of Ankle Sprain. Références réglementaires sur l’accès direct : loi n° 2023-379 du 19 mai 2023, arrêté du 6 juin 2025, sante.fr. Consultées le 4 octobre 2026.