Exercice d’équilibre sur une jambe lors d’une séance de rééducation de cheville
Image d’illustration. Le travail du contrôle neuromusculaire est l’un des trois axes retenus par la Haute Autorité de santé.

En mai 2025, la Haute Autorité de santé a publié une recommandation de bonne pratique sur l’entorse du ligament collatéral latéral. Elle bouscule plusieurs réflexes courants : repos prolongé, immobilisation rigide, délai fixe avant la reprise.

A preuve scientifique établie B présomption scientifique C faible niveau de preuve AE accord d’experts

Pourquoi consulter dans les 24 heures

La HAS recommande que toute personne symptomatique après un traumatisme en torsion — douleur, gonflement, limitation de la marche — consulte un médecin généraliste ou un masseur-kinésithérapeute, idéalement dans les 24 heures.

Ce délai a une justification épidémiologique : l’argumentaire de la HAS relève que moins de la moitié des personnes concernées consultent, et que 6,8 % à 11 % seulement sont orientées vers un professionnel de la rééducation dans les 30 jours. Or le risque de récidive dans l’année est environ trois fois et demie plus élevé que dans une population indemne, et près de 40 % des personnes ayant eu une entorse latérale présenteront une instabilité chronique.

CE QUI SE SUPERPOSE DANS LE TEMPS Avis dans les 24–48 h Rééducation — début dans la 1re semaine, durée personnalisée Contention : 2 semaines … jusqu’à 6 selon le grade Attelle ou strap, grades II–III J0 trauma J5–J7 J14 J21 J28 J35 J42 ÉCHELLE LINÉAIRE, 6 SEMAINES
Contention et rééducation se recouvrent : la seconde ne commence pas quand la première s’arrête.

Faut-il une ordonnance ? Cela dépend du cadre d’exercice du kinésithérapeute, non de la pathologie. Depuis la loi du 19 mai 2023, l’accès sans prescription existe en structure d’exercice coordonné et, depuis juin 2025, en CPTS dans vingt départements expérimentateurs — les Hauts-de-Seine n’en font pas partie. Ailleurs, une prescription reste nécessaire pour être pris en charge : à vérifier auprès du cabinet avant la première séance.

Comment la gravité est évaluée

L’examen clinique précoce sert d’abord à écarter une fracture. La HAS recommande les critères d’Ottawa chez l’adulte de 18 à 65 ans A, l’enfant de 5 à 17 ans B et après 65 ans C. Si un critère est positif, le diapason 128 Hz et les critères de Berne déterminent si la radiographie est indiquée AE. L’imagerie n’est donc pas systématique.

Traumatisme en torsion Critères d’Ottawa grades A · B · C TOUS NÉGATIFS Pas de radiographie rééducation dès la 1re semaine UN CRITÈRE POSITIF Diapason 128 Hz + Berne radiographie si indiquée · AE
L’imagerie n’est pas une première étape : c’est une sortie du parcours, décidée par l’examen clinique. Une entorse simple ne se radiographie pas.

L’entorse est ensuite classée en trois grades. L’examen de l’intégrité des ligaments latéraux est recommandé A, mais l’appréciation de la laxité se fait une fois l’œdème et la douleur diminués, pas au premier jour.

Immobilisation : plus courte qu’on ne le croit souvent

En phase aiguë, la HAS recommande une attelle souple plutôt qu’une immobilisation rigide, associée à une rééducation B. Les durées sont brèves : l’immobilisation prolongée retarde la récupération fonctionnelle.

0 1 2 3 4 5 6 SEMAINES Grade I attelle souple · AE 2 semaines maximum Grades II–III semi-rigide · AE jusqu’à 6 semaines selon l’état clinique Grade III immobilisation · B 10 jours maximum, avec rééducation fonctionnelle
Les trois durées sur le même axe. L’immobilisation du grade III — la plus restrictive — est aussi la plus courte des trois.

La HAS précise aussi que le protocole RICE et la cryothérapie ne sont pas recommandés en monothérapie B : glacer et surélever peut soulager, mais ne remplace pas la rééducation.

Ce que contient la rééducation, et combien de temps elle dure

La recommandation ne fixe ni nombre de séances ni durée standard, et c’est un choix assumé : la prise en charge est personnalisée à partir des évaluations, non calée sur un délai type. Elle s’articule autour de trois axes.

  • Mobilité — la mobilisation passive de la cheville est recommandée A, mais pas en monothérapie B : elle doit être associée à des exercices A, dans tous les plans de l’espace.
  • Renforcement — muscles fibulaires et stabilisateurs de la cheville.
  • Contrôle neuromusculaire — exercices d’équilibration puis de performance lors d’activités fonctionnelles : course, saut, réception B.

À l’inverse, plusieurs techniques passives isolées ne sont pas recommandées ici : en phase aiguë, ultrasons, laser, acupuncture, stimulation électrique neuromusculaire et ondes de choc C ; en phase chronique, les ultrasons A et les autres modalités C. Cela ne préjuge pas de leur intérêt dans d’autres indications.

Reprendre le sport : des critères, pas une date

La HAS recommande des critères objectifs plutôt qu’un délai. Chez l’adulte, elle retient B un score composite validé, l’Ankle-GO, pour statuer sur la reprise sportive. D’autres tests mesurent chaque composante : Modified Star Excursion Balance Test, Weight-Bearing Lunge Test, dynamométrie.

Pour prévenir une récidive d’entorse de grade II ou III, l’attelle souple ou le bandage est recommandé de J5–J7 à J21 AE, puis pendant l’activité physique B.

Ce que les données ne tranchent pas encore

La rééducation par exercices réduit le risque de récidive, mais l’effet est différé et partiel : une revue systématique de 2022 (14 essais, 2 182 participants) retrouve un odds ratio de 0,60 (IC 95 % 0,36–0,99) sur la prévalence des récidives à 12 mois, significatif entre 7 et 12 mois mais pas avant six mois, et sans effet significatif sur leur incidence.

Une revue d’agence ajoute que la supervision s’accompagne de moins de douleur et d’instabilité ressentie à huit semaines, sans différence au-delà, et que les programmes testés restent trop hétérogènes pour conclure fermement. Ce point est débattu.

Quand consulter

Un avis est justifié dans les 24 à 48 heures dès qu’un traumatisme en torsion provoque douleur, gonflement ou gêne à la marche, même modérés.

Certains signes font craindre une fracture ou une lésion associée et appellent un avis médical sans délai : impossibilité de poser le pied ou de faire quatre pas ; douleur exquise à la palpation d’une malléole, de la base du cinquième métatarsien ou du scaphoïde tarsien ; déformation visible ou plaie ouverte ; gonflement très rapide et ecchymose étendue ; fourmillements, perte de sensibilité, pied froid et pâle.

Enfin, une cheville qui « lâche » à répétition, se tord sur terrain plat ou reste douloureuse plusieurs mois mérite un bilan, même si l’épisode initial est ancien : l’instabilité chronique fait l’objet de recommandations propres.

Questions fréquentes

Faut-il une ordonnance pour se faire rééduquer une entorse de cheville ?
Cela dépend du cadre d’exercice du kinésithérapeute, non de la pathologie. L’accès sans prescription existe en structure d’exercice coordonné et, dans vingt départements expérimentateurs, en CPTS — les Hauts-de-Seine n’en font pas partie. Ailleurs, une prescription reste nécessaire.
Combien de séances de kinésithérapie faut-il après une entorse de cheville ?
La HAS ne fixe pas de nombre de séances : elle recommande une prise en charge personnalisée, ajustée lors de réévaluations successives, selon le grade, l’état initial et les objectifs d’activité. En accès direct sans diagnostic médical préalable, la prise en charge est plafonnée à huit séances.
Faut-il immobiliser une entorse de cheville ?
En phase aiguë, la HAS recommande une attelle souple plutôt qu’une immobilisation rigide, associée à une rééducation : deux semaines au maximum pour un grade I, deux à six semaines en attelle semi-rigide pour les grades II et III, et pour un grade III une immobilisation de dix jours au maximum.
Quand peut-on recommencer à courir après une entorse de cheville ?
Il n’existe pas de délai unique. La reprise se décide sur des critères objectifs — douleur et œdème résolus, amplitudes et force symétriques, contrôle postural et tests fonctionnels validés — et non sur une date fixée à l’avance.
Une entorse mal soignée peut-elle laisser des séquelles ?
Selon les données citées par la HAS, environ 40 % des personnes ayant eu une entorse latérale développent une instabilité chronique, et le risque de récidive dans l’année est nettement majoré — d’où l’intérêt d’une prise en charge précoce, y compris pour les entorses jugées bénignes.

Sources : HAS — Entorse du ligament collatéral latéral de cheville, recommandation, argumentaire scientifique et synthèse (mai 2025) ; Doherty C. et al., PLOS ONE, 2022 ; CADTH — Exercise for the Treatment of Ankle Sprain. Références réglementaires sur l’accès direct : loi n° 2023-379 du 19 mai 2023, arrêté du 6 juin 2025, sante.fr. Consultées le 4 octobre 2026.